Sous
des noms qui font souvent sourire - gourdes, citrouilles,
coloquintes -, les cucurbitacées ont toujours
séduit.
Cette famille végétale offre
une incroyable diversité de fruits : la volupté de
leur forme, la couleur de leur peau, la multiplicité de
leurs usages expliquent que les cucurbitacées
comptent parmi les plantes les plus connues et les plus
cultivées au monde.
Apparues très tôt
sur le continent américain (vers
6 000 av. J.-C.),
elles ont eu un rôle majeur dans le développement
de l’agriculture naissante en Amérique,
d’où leur culture s’est propagée à tous
les continents. Un peu partout sur le globe, les cucurbitacées
sont aujourd’hui consommées (melon, pastèque,
courgette), utilisées comme objets du quotidien
(gourde) ou comme médicament (margose).
La longue
conservation de la plupart des fruits dans le temps et
les saveurs raffinées de certaines variétés
ne sont pas étrangères à cet intérêt.
Emblème de la fécondité,
de la prospérité et
de la bonne santé, les cucurbitacées font
aujourd’hui un retour remarqué aux plans
de l’ornementation florale et des arts de la table.
Origine
et histoire
Les cucurbitacées
font partie des plus anciennes plantes cultivées
en Amérique. Leur domestication remonte
sans doute à 6 000 ans avant
J.-C., quand sont apparus des mutants à fruits
doux, d’abord au Mexique, puis au Pérou.
L’intérêt nutritionnel des
fruits a encouragé les échanges,
la sélection des variétés
et l’amélioration des techniques
culturales.
Les plus anciennes traces de cucurbitacées trouvées en
Extrême-Orient proviendraient de Thaïlande. Les restes découverts
comprendraient des Lagenaria et des Cucumis qui seraient datés
entre 12 000 et 8 000 ans av. J.-C. En Chine, les traditions, de même
que les livres anciens d’agriculture et de médecine, font
souvent état de la culture des cucurbitacées. Des graines
de melon datées de 3 000 ans av. J.-C ont notamment été découvertes
dans le site archéologique de Ch’ien Shan Yang (province
du Zhejiang). Le Shih Ching, une anthologie chinoise classique écrite
entre 1 000 et 500 ans av. J.-C., mentionne d’ailleurs le melon
et la courge bouteille. Deux variétés de cette dernière
y sont indiquées : l’une utilisée comme légume,
l’autre comme récipient à eau ou flotteur pour
la pêche.
En Europe, les premières écrits relatifs
aux cucurbitacées sont dus à des explorateurs
du Nouveau Monde. Un demi-siècle après le voyage de Christophe Colomb,
des descriptions et des illustrations ont commencé à apparaître
dans les herbiers botaniques. En raison des difficultés rencontrées
par les explorateurs dans la conservation des fruits lors des voyages
au long cours, de l’extrême variabilité des plantes
soumises à la culture et de la facilité avec laquelle
elles se croisent entre elles, la famille des cucurbitacées
est restée pendant longtemps l’une des moins connues du
règne végétal. Les fruits charnus et volumineux
sont ainsi rares dans les collections. Introduite en Europe au début du XVIe siècle, la culture
des cucurbitacées s’est toutefois répandue très
vite. Au XIXe siècle sont notamment apparues de nombreuses améliorations
variétales : 28 cultivars pour les Cucurbita maxima et 20 pour
les Cucurbita pepo. Aujourd’hui, il existe ainsi plus de 1 500
cultivars pour Cucurbita pepo.
Jusqu’au XXe siècle, les cucurbitacées étaient
assez peu utilisées en cuisine. Le potiron rouge a certes connu
un regain d’intérêt pendant la Seconde Guerre
mondiale mais n’a laissé, bien souvent, que des mauvais souvenirs.
Jusqu’aux années 1980, la consommation de la courgette
a beaucoup progressé, sans que cela ne s’accompagne d’une
grande diversité d’utilisation. Ce n’est véritablement
que depuis la fin des années 1980 que la consommation des cucurbitacées
se développe, à la fois aux plans quantitatif et qualitatif.
D’excellentes variétés, méconnues, méritent
d’être redécouvertes.
Les propriétés
des courges
Les courges sont dépuratives, diurétiques, émollientes, laxatives, nutritives, rafraîchissantes, sédatives
et vermifuges (pour ce qui est des graines). Riches
en vitamine A, elles contiennent aussi des vitamines
B1, B2, B3, C, D, E, F (pour certaines variétés) et apportent des acides aminés, des glucides, des protides et des fibres. Elles renferment de nombreux minéraux et oligo-éléments dont du calcium, du chlore, du cobalt, du fer, du manganèse, du magnésium, du phosphore, du silicium, du soufre et du zinc. Les quantités de vitamines et de minéraux varient selon les espèces, les variétés, le mode de culture, les facteurs climatiques et la nature du sol.
Avec les graines de certaines variétés, on fabrique
de l’huile de pépins de courges, utilisée en cuisine en association avec d’autres huiles pour assaisonner les salades et les crudités, mais qui ne doit jamais être employée à la cuisson ; on lui reconnaît des propriétés vermifuges et elle jouerait un rôle positif dans les
problèmes de prostate.
Avec un apport énergétique particulièrement modéré (15 à 2O Cal. / 100 g.), les cucurbitacées sont des aliments de choix pour les
régimes hypocaloriques. Leur grande richesse
en minéraux contribue au bon équilibre de l’alimentation. Leur teneur en fibres (1,5 g. / 100 g.) favorise la digestibilité et le transit intestinal. Les fibres ont une action stimulante et laxative due à la présence de mannitol ; la consommation régulière de cucurbitacées permet de résoudre naturellement les problèmes de constipation.
Grâce à un apport vitaminique très diversifié et surtout à une richesse en provitamine A (pour les variétés les plus colorées), la consommation régulière de cucurbitacées diminuerait les risques de cancer et permettrait de lutter contre les maladies cardio-vasculaires. Leurs propriétés antioxydantes réduisent les altérations cellulaires, donc le vieillissement des cellules dans l’organisme. La provitamine A joue aussi un grand rôle pour le renforcement des défenses immunitaires et sa consommation préviendrait les risques
d’artériosclérose.
Les courges sont les seuls légumes-fruits qui, après leur cueillette, s’enrichissent
en vitamines et en sels minéraux. Certaines
variétés changent de couleur pendant leur stockage ; c’est à partir de ce moment-là que
leur qualité nutritive
est optimale.
.le genre Cucurbita :
Le genre Cucurbita comprend treize espèces,
dont cinq sont cultivées pour l’alimentation : Cucurbita
ficifolia (ex. : Courge de Siam), Cucurbita maxima (ex. : Potiron rouge
vif d’Étampes), Cucurbita mixta (ex. : Striped Cochiti
Pueblo), Cucurbita moschata (ex. : Musquée de Provence) et Cucurbita
pepo (ex. : Pâtisson blanc).
Les préférences écologiques de ces cinq espèces
demeurent mal connues. En Amérique tropicale, Cucurbita
ficifolia pousse à des altitudes plus hautes que les autres espèces,
ce qui indique qu’elle supporte mieux les basses températures.
Elle semble également avoir besoin d’une photopériode
courte pour la reproduction, alors que les espèces annuelles
y sont relativement insensibles. En considérant les relations
de température entre les espèces annuelles, Cucurbita
maxima est la plus tolérante aux basses températures,
Cucurbita moschata et Cucurbita mixta le sont moins et Cucurbita
pepo a une position intermédiaire.
Les espèces cultivées de Cucurbita ne sont pas très
sélectives dans leur exigence de sol. Elles peuvent être
cultivées à peu près facilement dans n’importe
quelle bonne terre bien drainée, neutre ou légèrement
acide.
En plus de leurs intérêts archéologiques et agricoles,
les espèces cultivées de Cucurbita ont fasciné les
spécialistes de différentes disciplines ainsi que les
néophytes. Les variations importantes dans la taille, la forme
et la couleur des fruits intéressent les scientifiques aussi
bien que les amateurs. La dimension importante de leurs différents
organes contribue à leur utilisation comme support de nombreuses études.
Dans des compositions ornementales variées, des artistes ont
utilisé l’enveloppe dure, les formes bizarres et les couleurs
variées des fruits de certaines Cucurbita.
.le genre Citrullus :
Le genre Citrullus comprend deux espèces :
Citrullus colocynthis et Citrullus lanatus. La première, appelée coloquinte
officinale, est une plante purgative, non alimentaire, originaire des
zones désertiques et subdésertiques du Moyen-Orient. Elle ne doit pas être
confondue avec les coloquintes ornementales qui appartiennent au groupe
des Cucurbita pepo. La deuxième espèce est la pastèque, ou melon d’eau.
Originaire d’Afrique, elle s’est répandue dans toutes les zones chaudes.
Attestée en Égypte dès 4 000 ans av. J.-C., sa culture est surtout
méditerranéenne. Le semis s’effectue en plein air. On ne taille pas
la plante mais celle-ci nécessite une irrigation importante. Rafraîchissante,
sa chair est très aqueuse (90 % d’eau), contient 8 à 10 % de glucides,
est pauvre en matières minérales et en vitamines.
.le genre Cucumis :
Ce genre comporte 60 espèces, provenant
surtout d’Afrique et d’Asie. Répandues en zones tempérées chaudes et tropicales, les espèces cultivées offrent plusieurs centres de diversifications possibles. Plusieurs de ces espèces ont une grande importance dans la culture potagère, par exemple Cucumis
melo, souche de tous les melons cultivés et Cucumis sativus, qui fournit toutes les variétés de concombres exploitées. Les
cornichons appartiennent également à l’espèce Cucumis sativus ; ils sont en fait une variété de concombres.
Le melon (Cucumis melo) est répandu dans le monde entier. On peut situer son apparition en Abyssinie et en Égypte vers 2 000 ans av. J.-C. et, de là, il s’est répandu en Iran-Turkestan puis, plus tard, en Chine. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, l’engouement pour ce mets très couru a généré de nombreuses recherches sur les cultivars et les cultures. Poursuivies aux XIXe et XXe siècles, celles-ci portent actuellement sur la résistance aux maladies, l’amélioration de la qualité, le rôle de la polyploïdie, la parthénocarpie, les manipulations génétiques. La classification des melons est compliquée ; les expériences et les observations de Naudin (1859), sur près de deux mille individus, ont permis de les classer en dix groupes.
Le concombre (Cucumis sativus) serait cultivé depuis au moins 3 000 ans en Inde. Les anciens Grecs le cultivaient sous le nom de sikuos, qui est resté dans la langue moderne sous la forme de sikua. Les Latins appelaient le concombre cucumis. Les améliorations récentes des concombres portent sur l’allongement des fruits, la perte de l’amertume, la gynoécie, la parthénocarpie, la finesse de l’épicarpe et l’adaptation à la culture hivernale en serre.
Parmi les autres espèces du genre Cucumis, on peut noter Cucumis anguina (petit concombre antillais), Cucumis
dipsaceus (originaire d’Afrique de l’Est), Cucumis metuliferus (aussi appelé Kiwano ou concombre cornu africain), Cucumis
myriocarpus (concombre groseille provenant d’Afrique orientale), Cucumis
prophetarum (concombre des prophètes).
.le genre Benincasa :
L’étymologie du terme renvoie au nom du botaniste, G.
Benincasa, cofondateur avec L. Ghuni du jardin botanique de Pise en
1453. Il n’existe qu’une seule espèce, originaire
de Chine et de Malaisie. Benincasa cerifera ou Benincasa hispida est nommée courge à la
cire en raison de la substance cireuse blanche qui recouvre le fruit.
Ce dernier est très apprécié en Chine, où il
est souvent consommé à l’état immature.
De culture facile et de bonne conservation, il
est excellent en confit.
Deux variétés existent, l’une à fruit cylindrique
(Tongwa), l’autre à fruit ovoïde allongé et
(Tseegwa). Les graines grillées sont consommées et toutes
les parties de la plante sont utilisées pour traiter de nombreuses
maladies à travers toute l’Asie tropicale. La domestication
du Benincasa est suggérée dans un conte populaire Pre
Ham qui remonte à 206 av. J.-C.
.le genre Lagenaria :
Le mot vient du latin lagena (flacon) et du bas latin
lagenarius (fabricant de bouteilles). Ce genre, appelé “ gourde ” en français,
comprend une espèce (siceraria) divisée en plusieurs
variétés ou, d’après certains auteurs, en
six sous-espèces, voire six espèces. La plus ancienne mention de la gourde se trouve dans un ouvrage
chinois du premier siècle av. J.-C., le Tchong Tchi Chou, lui-même
mentionné dans un ouvrage du Ve siècle.
Les gourdes sont cultivées depuis très longtemps dans
toutes les régions chaudes du monde, soit pour l’alimentation,
soit pour des usages domestiques, décoratifs et médicinaux.
En séchant, l’écorce du fruit devient très
dure et permet de confectionner des objets variés : cuillers,
vases à boire, poires à poudre, récipients pour
transporter les liquides, plats, entonnoirs, ventouses, seringues de
lavement, nichoirs à oiseaux, flotteurs pour les filets de pêche, éléments
de transport de grillons pour les jeux de combat, cache-sexe, masques,
instruments de musique, etc.
En Europe, avant l’arrivée des courgettes, les gourdes
pelées étaient consommées immatures. En Alsace,
on retire des graines une huile brun rougeâtre, inodore, insipide,
ne renfermant pas d’oléine et utilisée en médecine
vétérinaire.
En Afrique, on consomme une variété de gourde avant maturité comme
les courgettes. Au Gabon, dans la pratique indigène, le mode
usuel pour expulser le placenta lors de l’accouchement, consiste à faire
souffler la future mère dans une gourde vide.
En Inde, la pulpe peut être appliquée sous forme de cataplasme.
Les feuilles servent pour combattre la jaunisse et ont aussi des vertus
purgatives. Les graines sont vermifuges. En Indochine, le fruit passe
pour être rafraîchissant et diurétique. L’écorce
des tiges et les fleurs sont utilisées comme antipoison tandis
que les graines soulagent les maux de dents. Dans les communautés
rurales, les graines sont même bouillies dans l’eau salée
et mangées froides comme excitant.
On trouve de nombreuses variétés de gourdes, parmi lesquelles
la plus connue en France est certainement la gourde pélerine.
On compte aussi la gourde african warty, la gourde amphore, la gourde
long handeld dipper, la gourde massue, la gourde massue longue, la
gourde matraque marenka, la gourde mayo “ warty ” bule,
la gourde peyote cérémoniale, la gourde plate de corse,
la gourde poire à poudre, la gourde ronde du Zaïre.
.le genre Luffa :
Le genre Luffa se compose de six
ou sept espèces, originaires d’Asie et d’Afrique tropicale. Les plantes sont caractérisées par leurs fruits dont la pulpe disparaît graduellement pendant son développement. À maturité, elle laisse place à un réseau de fibres coriaces et élastiques. Ce réseau fibreux, dépouillé de l'écorce qui l’entourait, est couramment vendu
comme article de ménage, éponge végétale
ou courge torchon.
Le Luffa est cultivé pour son fruit, comestible quand il est jeune. Les fleurs mâles en boutons seraient mangées par les Annamites, frites dans de la graisse. Les fruits serviraient à faire des soupes ou seraient consommés sautés en mélange avec des haricots germés. En Chine, les fruits sont coupés en morceaux, séchés avant d’être cuisinés en bouillons. Les jeunes feuilles sont mangées en salade ou cuites comme des épinards. Les
fleurs et les boutons sont incorporés dans des beignets. Les graines mûres sont grillées, salées et croquées.
.le genre Momordica :
Le genre Mormordica regroupe environ 42 espèces, dont 36 viennent
d’Afrique et les autres d’Asie. Le latin momordi, dérivé de
mordeo, fait allusion à l’aspect rongé de la marge
de la graine.
Amer lorsqu’il est cru, le fruit appelé "margose" (Momordica
charentia) est comestible après cuisson. C’est un remède
des flux, des catarrhes et de la toux. En Inde, le suc des feuilles
est prescrit comme émétique et purgatif dans les affections
bilieuses. Les graines donnent une huile utilisée comme cosmétique
en Indochine.
La variété abreviata est recherchée pour son usage
culinaire. Elle porte le nom de herva ou "melon de San
Gaétano"
au Brésil. Le fruit des momordiques est d’abord vert et
devient, à maturité,
jaune orangé. Son écorce épaisse et charnue se
déchire alors en trois lambeaux. Les graines, enveloppées
d’une tunique pulpeuse d’une teinte sanguine éclatante,
adhèrent à la paroi.
.le genre Trichosantes :
L’étymologie du nom, construite avec le Grec thrix (cheveux)
et anthos (fleur), fait allusion aux pétales chevelus de la
plante.
On trouve 20 à 30 espèces de Trichosanthes réparties
en Asie tropicale, Polynésie et Australie. Le Trichosanthes
anguina, ou serpent végétal, est spectaculaire ; la
pulpe rouge qui entoure les graines peut être utilisée comme
un substitut à la sauce tomate.
.le genre Sechium :
L’étymologie de Sechium est incertaine. L’espèce Sechium
edule, appelée aussi chayotte, chouchou (île Maurice) ou christophine (Antilles) est une plante vivace par la racine qui présente la particularité de se comporter en vivipare. La graine germe dans le fruit et les tiges se développent en consommant sa chair. En Europe, on connaît deux variétés bien distinctes : l’une à fleurs et fruit vert pâle, l’autre où les deux éléments sont de couleur blanc crème. Les fruits de cette dernière variété, plus gros, plus résistants à la chaleur et se conservant bien, sont considérés comme de moins bonne qualité. La culture a tendance à faire perdre leur rugosité aux fruits. Il existe de nombreux cultivars en Amérique centrale et en Asie.
Les chayottes servent en confiserie ; elles sont aussi consommées comme légumes, de la même manière que les racines et les jeunes pousses. Les tiges feuillées sont utilisées comme fourrage et pour la petite sparterie. Au Brésil, les jeunes feuilles et les jeunes pousses sont employées en
guise de thé afin de bénéficier de leur propriété hypotensive.
Références
bibliographiques : MUSSET D., GRANGE S. (dir.), 2000, Espèces de
courges : culture et usage des cucurbitacées,
Barbentane, Alpes de Lumière, Musées et
Patrimoine de Cavaillon, éd. Équinoxe,
144 p.
PRADES J.-B., PRADES N., RENAUD V., 1995, Le grand livre
des Courges, Paris, éd. Rustica, 183 p.
PRADES J.-B., PRADES N., RENAUD V., 1998, Les Courges.
Les cultiver, les conserver, les cuisiner, Paris, éd.
Rustica, 319 p.